Le meilleur des souvenirs que je veux garder des noëls d’antan c’est la bûche que notre père plaçait sur deux bouts de bois au milieu de la cabane.
Il nous donnait un petit bout de bois pour taper sur la bûche pour en faire sortir des papillotes qu’il nous disait :
Nous commencions à taper pas trop fort et puis nous regardions sous la bûche : rien n’était tombé, rien que de la poussière, nous étions désolés mais notre père disait :
« Je vais la ranger mieux que ça et puis vous allez taper un peu plus fort ! »
Nous retapions deux trois fois sur la bûche et puis : « Oh merveille ! », elle avait craché ses papillotes. Nous nous dépêchions de les manger avant d’aller nous mettre au lit. Nous rêvions toute la nuit de tous les cadeaux que nous allions trouver le matin sous le sapin.
C’était la magie de noël qui durait tant qu’on en pouvait jusqu’à l’âge de voir que c’était le père qui profitait de ranger la bûche pour glisser les papillotes cachées dans sa main.
de Michel COCHET, décembre 2014
Ah ! taisez-vous …Nous étions heureux avec deux oranges et quelques papillotes dans les sabots. Il faut dire que dans ce temps-là, peu de chose nous satisfaisaient…Enfin ! Certaines fois, nos parents fabriquaient les jouets…
Mais, ce que ne connaissent sûrement pas les enfants aujourd’hui c’est « taper la chuche » – autrement dit taper sur une tête d’arbre avec un marteau ou une masse afin de faire sortir des friandises qui se trouvent à l’intérieur. C’était pour nous un plaisir qui nous faisait trembler d’avance…et nous attendions cela avec impatience.
Chez moi, c’était mon grand-père Auguste, qui me « la faisait » taper sous le hangar.
« Mais tape donc plus fort Mandrin » qu’il me disait. Alors moi, je redoublais les coups avec la masse et, quand deux ou trois papillotes tombaient, j’en voyais des étoiles !
Quelques jours auparavant, nous partions aux Brosses, vers le grand étang, couper le sapin. C’était toute une expédition et puis il fallait emmener une serpe et puis ramener l’arbre que nous avions choisi. Et, il fallait marcher pour rentrer à la maison car cela représentait une bonne « trotte » ! Mais cela ne faisait rien puisque nous étions contents de le décorer.
Le jour du Réveillon, ma mère nous disait : « je vais faire des gaufres ce soir, mais si vous en voulez, il faut préparer du petit bois… ». Malheureux ! Nous nous dépêchions d’aller dans le bûcher et, équipés d’une hachette, nous en préparions un stère !
Donc, le soir tout en lisant, écoutant la TSF ou quelquefois, en jouant aux cartes avec un voisin, la soirée se passait comme cela, en dégustant les gaufres ! Puis, nous allions nous coucher à regret… (Pas de messe de minuit qui avait lieu tard et l’église était située assez loin) …
Bien des fois, au commencement du jour de Noël, nous nous retenions d’aller voir les quelques surprises que le « Père Noël » avait apportées, parce qu’il fallait attendre la permission de ma mère. Malgré qu’il n’y eût pas grand-chose, quelquefois des livres, des affaires utiles, nous poussions des exclamations, des Ah ! des Oh ! en déchirant les montagnes de papier autour de deux fois rien. Mais c’était la joie pour tout le monde et nous étions heureux.
Où sont-ils ces Noëls-là ? Et je suis bien sûr que nous étions contents, peut-être plus contents que les enfants d’aujourd’hui. A vous revoir et ayez donc une petite pensée pour ces temps-là.
Bon Noël à tous.
de Rémy Joseph FRANCOIS, Histoire et autres histoires de ma campagne bourguignonne, 1970
Chez nous, on ne connaissait que le petit jésus, un petit jésus humble, tout nu dans sa crèche, entre l’âne et le bœuf. C’était d’ailleurs lui, ce petit jésus devenu grand, qui apportait avec ses aides naturels, les anges, les gourmandises et parfois un jouet, une chose utile que les enfants bien élevés trouvaient en se levant dans leurs sabots bien cirés qu’ils avaient, avant d’aller au lit, mais après avoir tapé sur la chuche, placés sous la cheminée, en cette veillée de Noël.
La chuche ! nous y reviendrons tout à l’heure. Parlons d’abord des cheminées des maisons d’autrefois où l’on pouvait aisément se retourner sans heurter les parois. Leurs souches dépassaient bien haut par -dessus les toits, se montrant de loin au clair de lune (…).
A l’intérieur des maisons, ces cheminées étaient monumentales avec leurs deux jambages et leur linteau en pierre des carrières de Comblanchien. La plupart avaient encore leur foyer avec les chenets attendant les bûches, avec la plaque du fond, la crémaillère qui pendait désœuvrée, son crochet tendu comme une main ouverte sollicitant l’aumône d’une marmite. La pelle, les pincettes, le fourgon étaient même toujours rangés sur le côté de l’âtre. Mais, à quelques exceptions près, on n’allumait plus le feu sous ces grandes cheminées.
Nos parents voulaient être au goût du jour, ils voulaient être modernes.
Ils avaient acheté des poêles en fonte où les rondins de bois, sciés à la longueur convenable, ronflaient en brûlant, des poêles à platine où l’on pouvait se réchauffer les pieds lorsqu’ils étaient froids comme des nez de chien.
La fumée était conduite dans la cheminée par de longs tuyaux. Ce que l’esthétique y perdait, on le gagnait en chaleur. Mais, était-ce vraiment un gain ou une perte ? on pourrait en débattre longtemps, je crois : la question n’est pas près d’être tranchée !
Bref ! ces foyers délaissés des anciennes cheminées étaient bien pratiques pour poser la chuche sur laquelle les enfants devaient frapper à tour de bras.
D’où pouvait bien venir cette coutume de « taper sur la chuche » pour en faire sortir toutes sortes de choses qui procuraient un plaisir inouï aux enfants et même aux parents ? Bien malin qui pourrait le dire. Mais, il y a bien des chances que l’usage en remontât au temps des gaulois.
On tapait donc encore sur la chuche en ce temps-là. Je me souvenais que, l’année précédente, je m’étais mis en nage en frappant le plus fort qu’il m’était possible pour, dans ma pensée, obtenir le maximum de rendement.
En principe, la chuche est en bois. On ne voit pas bien une chuche –une bûche en quelque sorte- autrement qu’en bois et bien que l’on en ait déjà confectionné en chocolat !
Mais, cette année-là, mes parents avaient à leur service, en qualité de commis de culture, un oncle de ma mère qui n’était jamais à court d’idées que l’on disait originales.
Il m’avait fabriqué une chuche pas ordinaire, une chuche à laquelle il prêtait vie, puisqu’elle avait un nez pointu, des moustaches, des yeux, des oreilles, un gros ventre, une queue, des pattes, des mamelles.
Le corps était fait d’une betterave fourragère énorme récoltée au « Petit Champois », une betterave qui eût obtenu le premier prix au concours du Comice Agricole si mes parents l’y avaient présentée : elle pesait dix-sept kilogrammes.
A ce corps, Simon – c’était le nom de l’oncle-commis – avait ajouté quatre pattes en bois, huit mamelles, en bois également, sur deux rangées, sous le ventre, une queue en crin de cheval, des moustaches elles aussi en crin, des yeux faits de billes d’agate et deux oreilles pointues en carton. Simon n’avait pas oublié, non plus, le bâton de coudrier fraîchement coupé qui devait me servir à frapper sur la chuche.
« En fait de chuche », disait ma mère, « je crois bien que c’est la bête pharamineuse ! »
Pour mon compte, je n’étais pas trop rassuré. Je craignais qu’elle se regimbât lorsque je lui taperais dessus. Nous en parlions en dînant. Mon père, mon grand-père, invité pour la circonstance, étaient d’avis qu’il n’y avait pas trop de danger à frapper sur la bête. Simon, lui, disait que ses grosses mamelles indiquaient que la chuche avait le ventre plein. Plein de quoi ? je me posais la question !
Le repas terminé, la chuche est déposée à même le foyer de la cheminée, sous le manteau. Ma mère s’assoit sur une chaise, d’un côté, Gros pépère s’assoit sur une autre, de l’autre côté, tous deux à toucher la chuche.
Simon me met en mains le bâton de coudrier en me disant : « Tape, mon garçon, vas-y de bon cœur ». Mon père restait en retrait avec Simon.
Je lève le bâton mais l’arrête dans sa course alors qu’il retombait : si la chuche allait me sauter dessus !
« Un sacré guerrier », dit ma mère en se moquant, « Saint Georges n’a pas eu peur du dragon, lui ! »
Blessé dans mon amour-propre, je n’hésite plus, et vlan sur la chuche, en plein sur le dos. Au premier moment, j’entends comme un bruit de ferraille sur la plaque du foyer. Je m’approche, je regarde. Que vois-je ?
Une pièce de dix centimes sous la chuche. Le Roi n’est plus mon cousin ! « Simon avait raison », dis-je, « il y a beaucoup de choses dans le ventre de la chuche ».
(…) Et la séance se poursuit ainsi un bout de temps, au grand plaisir des grandes personnes qui renchérissaient sur ma force et ma persévérance chaque fois que la chuche lâchait quelque chose.
Les friandises alternaient avec la menue monnaie. Tout cela était, au fur et à mesure, placé dans un petit panier préparé à l’avance. J’en étais tout essoufflé, mais je tapais toujours et rien ne sortait. « Ne t’acharne pas ainsi », dit mon grand-père, « la chuche est vidée, il n’en sortira plus rien .» C’est à regret que j’arrête de la battre.
Comme on m’avait appris à partager, j’offre à papa, à maman, à mon grand-père, à Simon quelques-unes des friandises sorties de la chuche. Tout le monde avait la mine réjouie en les suçant. Quant à moi, je n’en avais jamais mangé d’aussi bonnes. Mais il se faisait tard, mes yeux commençaient à papilloter.
« Mon garçon », dit maman, « il te faut déposer tes sabots sous la cheminée ! » Il n’en faut pas plus pour me réveiller. Je cours chercher mes sabots que j’avais cirés dans l’après-midi. Je les place bien en vue au milieu du foyer. Sur ce, je me déshabille, je passe la chemise de nuit, souhaite le bonsoir à tous. (…)
Puis, tout s’était estompé, jusqu’au moment où, soit rêve, soit réalité, j’avais senti, plutôt qu’entendu, comme de grands battements d’ailes bien doux, bien doux ; ensuite avaient suivi des bruits de suie que descend dans la cheminée et tombe sur la plaque du foyer. Mon cœur battait déjà bien fort lorsqu’un vacarme épouvantable me le fait sauter, éclater dans la poitrine. Instinctivement, je m’enfonce dans le lit et ramène la couverture piquée par-dessus ma tête.
En réfléchissant, je croyais comprendre que ce bruit épouvantable avait été provoqué par la grande cuvette blanche émaillée que ma mère laissait toujours sous la cheminée, du côté droit, comme si quelqu’un ne connaissant pas les âtres, l’eût heurtée et envoyée par la pièce. Cette pensée est alors pour moi une illumination ! subitement, je réalise de quoi il s’agit. Plus de doute possible : ces battements d’ailes, cette suie qui tombe, la cuvette renversée, c’est Jésus et ses anges qui sont venus emplir mes sabots !
Je rejette la couverture, saute au bas du lit, cours pieds nus dans la cuisine. Ma mère est déjà levée. Un sourire aux lèvres, elle est en train d’examiner ce que le petit Jésus m’a apporté.
Au comble de l’exaltation, je me jette dans ses bras : Maman, maman, il est venu, il est venu, je l’ai entendu ! (…) Je m’arrache des bras de ma mère et me dresse, bouche bée, saisi d’admiration, devant les présents qui resplendissent dedans et autour de mes sabots. Dedans, des pralines. Autour, quelques oranges et un superbe cartable d’écolier, tout neuf, tout reluisant. Je me retourne vers maman. Elle souriait toujours, mais une larme perlait à ses yeux.
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